Christian HOHMANN

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8 trucs infaillibles pour assommer son auditoire

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Christian HOHMANN

Il est des conférences au titre prometteur qui se révèlent intéressantes et soporifiques grâce à l’anti-talent des orateurs. C’est l’un d’eux, présentateur non professionnel certes, mais cadre dans un grand groupe industriel, qui en a fait une “brillante” démonstration.

Merci à lui d’avoir accumulé dans une seule et même présentation autant de mauvaises pratiques, m’inspirant ce billet et transformant ce moment de grand ennui en distrayant exercice d’analyse de style.

8 trucs infaillibles pour assommer son auditoire

1. Donner à sa présentation un titre sans rapport perceptible avec son contenu

Les conférences professionnelles ne sont pas un spectacle comique ni une session de café philosophique. Le titre des présentations doivent indiquer de quoi il va être question sans quoi l’auditoire risque de se perdre voire de se sentir floué.

Les jeux de mots subtils, les allusions humoristiques ou les métaphores alambiquées sont autant de prises de risques bien inutiles. Simplicité et clarté font plus qu’humour mal placé.

2. Commencer par un fil rouge non tenu, un thème dont l’auditoire ne retrouve que des bribes éparses.

C’est un moyen sûr de perdre son auditoire qui relit le titre de la présentation et le nom de l’orateur pour vérifier de ne pas s’être trompé d’endroit. Hélas non, c’est bien cette présentation au titre prometteur que l’orateur massacre.

A force d’essayer de recoller les morceaux éparpillés façon puzzle, le public se lasse, s’énerve, se désintéresse et lit ses e-mails sur son smartphone. 

3. Abuser de parenthèses, de commentaires et s’y perdre.

Les présentateurs non professionnels et peu expérimentés devraient éviter de se lancer dans des improvisations en ouvrant des parenthèses qu’ils ne savent refermer et ou en osant des commentaires non initialement prévus dans la présentation. Ce genre de digression est le plus sûr moyen de perdre le fil, de s'empêtrer dans l’improvisation non maîtrisée et de bredouiller à mesure que l’on se rend compte de la perplexité ou de l’indifférence de son public.

4. Vouloir faire de l’humour

Se hasarder à faire de l’humour est une variante du point précédent, en pire.

Soit l’auditoire connaît la bonne blague et elle tombe à plat, soit l’allusion humoristique requiert une connaissance intime du contexte et personne ne comprend le trait d’humour.

Tenter l’humour improvisé finit le plus souvent en flop ou au mieux en sourires gênés, grâce à la clémence du jury. 

5. Annoncer des jeux de mots que personne ne comprend

Est-il vraiment nécessaire de développer ce point ?

6. Projeter en anglais et présenter en français

Et vice versa.

Quiconque s’est déjà vu obligé de se prêter à cet exercice en connaît la difficulté. Même parfaitement bilingue, le temps de commutation entre langues et l’exercice de schizophrénie imposée nuisent passablement à la fluidité de la présentation et perturbent l’auditoire. Si.

7. Redire en mauvais anglais ce que l’on vient de dire en bon français

Cela fait chic de jargonner en anglais dans certains milieux, à condition toutefois de prononcer correctement... les bons mots !

Inversement rien n’est plus ridicule que d’exposer publiquement son manque de maîtrise de la langue et/ou du vocabulaire en se trompant d’expression ou en prononçant de travers.

Et même si tout public est tolérant envers les présentateurs français - notoirement réputés pour leur faible niveau en langues étrangères - l’exaspération ou le rire nerveux sont parfois difficiles à contenir.

Retenons par conséquent qu’il vaut mieux ne pas risquer de ruiner ce qui vient d’être dit en bon français avec une tentative de redite en anglais (ou toute autre langue d’ailleurs).

8. Dire “je n’ai pas dit” et le dire

Ou alors qu’une seule fois.

Si c’est drôle.

Mais rappelez-vous du point 4.


Il y a certainement davantage encore de mauvaises pratiques, mais mon présentateur de compétition s’en est tenu à ces huit là, une performance en soi.

Evidemment je ne me souviens que vaguement du contenu de son exposé, trop occupé que j’étais d’analyser la forme pour me préoccuper du fond.


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