Christian HOHMANN

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L’habit fait bien le moine

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Christian HOHMANN

Un flamboyant confrère consultant s’insurge en racontant sa déconvenue alors qu’il soumettait un texte pour une conférence : “Le comité de sélection m’a fait un retour sur les fautes d’orthographe et pratiquement aucun sur le fond”. Pour lui, la pertinence de son message excusait les libertés avec les conventions d’écriture, la créativité orthographique, pour ne pas dire ses carences en la matière.

Son raisonnement comporte selon moi deux erreurs.

  1. La première est le manque de respect (probablement non perçu par l’auteur) envers les lecteurs. Ceux-ci sont en premier lieu les membres du comité de sélection puis potentiellement les participants (payants) à la conférence auxquels le texte sera transmis.
  2. La seconde est que contrairement à l’adage populaire, l’habit fait bien le moine et jouer la rupture avec les codes établis n’est pas toujours une bonne stratégie.

Qu’est-ce à dire ? 

L’habit ici est figuré, c’est le texte soumis au jury. Le remettre sans correction des fautes que l’on sait ou se doute qu’il comporte peut être interprété comme de la désinvolture, de la légèreté envers le jury et la fonction qu’il incarne ainsi qu'envers le public ciblé.

La forme compte autant que le fond.

Si la forme n’est pas cohérente avec le message à faire passer, cette incohérence va très probablement créer un “malaise” auprès du public. Celui-ci sera davantage distrait par les éléments gênants qu’attentif au contenu.

En ce qui me concerne croiser une faute à la lecture d’un texte me fait instantanément perdre le fil de par la distraction que représente cette faute.

Imaginons maintenant un orateur tentant de convaincre un public de s’engager dans un programme où mettre en œuvre une méthodologie en rupture avec ce qui se fait au quotidien. Cet orateur s’aide d’une présentation qui comporte des fautes d'orthographe et/ou des maladresses de style et langage.

Ce qui probablement va se produire relève des neurosciences. Les cerveaux limbiques (ou reptiliens et instinctifs) vont se mettre en alerte face à la “menace” que constitue le message “inquiétant”, d’autant que la forme de la présentation ne rassure pas sur le professionnalisme, la compétence ou la rigueur de l’orateur.

Le cerveau reptilien fonctionne de manière réflexe et commandait la fuite ou l’attaque dans les temps anciens où nous étions un peu plus animaux qu'humains. De nos jours la fuite est virtuelle et se traduit par un rejet de ce qui inconsciemment nous effraie ou nous inquiète. Une réaction souvent qualifiée de “résistance au changement”.

Le neocortex (analytique), court-circuité par le cerveau limbique plus rapide, n’a pas le temps d’analyser rationnellement et de pondérer le discours.

Le neuromarketing vise à prévenir ce risque et apaiser le cerveau limbique afin de laisser au neocortex le temps d’agir et de prendre le contrôle.

Sachant cela, tout présentateur voulant convaincre son auditoire doit soigner la forme autant (sinon plus ?) que le fond.

J’ose résumer cela par cette formule : l’habit fait bien le moine.


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Mise à jour le Samedi, 06 Mai 2017 13:19