Christian HOHMANN

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La résistance au changement existe-t-elle ?

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L’aveuglement des promoteurs du changement

Les promoteurs d’un changement sont le plus souvent passionnés par l’idée ou le but qu’ils soutiennent au point de s’aveugler avec une rationalité limitée par leur passion. Amoureux de leur solution, ils en perdent parfois toute raison. De ce fait, toute tiédeur ou prudence quant au changement proposé est taxée de résistance au changement, a fortiori lorsque le changement est refusé. Cette dénomination générique de résistance au changement est une excuse commode pour rejeter la responsabilité du refus sur les autres et ne pas s’astreindre à analyser les causes du refus, se remettre en cause.

Avec les Thinking Processes et dans l’esprit de rigueur scientifique de la Théorie des Contraintes (ToC), ont été établies les CLR (Categories of Legitimate Reservations), des "filtres" qui vérifient la validité et/ou la robustesse des déclarations, hypothèses, relations causales, etc. Une des CLR pose la question de l’existence réelle du phénomène décrit. L’hypothèse de la résistance au changement généralisée doit ainsi passer le test de cette CLR.

Une animation vidéo inspirée de "isn’t it obvious" (source à confirmer) dément méthodiquement l’hypothèse d’une résistance au changement systématique des individus et met en exergue le biais (aveuglement) des promoteurs du changement.

Voir la retranscriptions de la vidéo - L’essentiel de la vidéo pour non-anglophones (texte)



Le raisonnement montre que les promoteurs ont tendance à ne communiquer que sur les avantages du changement et n’adressent ainsi qu’un quart de la matrice ci-dessous.


Avantages

Inconvénients

Changement



Pas de changement



Les supposés résistants au changement ont probablement une lecture différente et peuvent voir dans le changement plus d’inconvénients que d’avantages ou considérer que le maintien du statu quo comporte plus d’avantages que le changement. Une troisième interprétation possible est que le statu quo comporte de leur point de vue moins d’inconvénients que le changement.

De cela découle la recommandation de considérer le changement proposé selon la perspective de celle ou de celui à qui on le propose.

Pour maximiser l’adhésion au changement, il faut que selon le point de vue des individus impactés, la récompense figurée par le chaudron plein d’or soit plus attractif que la sirène, symbole de l’attrait pour le statu quo (la sirène ne peut quitter la plage).

Il faut également que la menace liée au statu quo soit plus important (gros alligator) que les risques liés au changement (les béquilles).


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Retranscriptions de la vidéo - L’essentiel de la vidéo pour non-anglophones

Martin (M) se plaint de ce que tous les changements qu’il propose se heurtent à la résistance des individus, de sorte qu’aucun changement ne peut intervenir.

Paul (P) suggère que les changements proposés ne sont pas « bonnes », hypothèse que M réfute d’autorité, insistant sur la résistance au changement qui sclérose l’organisation.

Paul rejette à son tour cette affirmation, indiquant que lui-même n’est pas résistant au changement et que tous les individus entreprennent des changements significatifs dans leurs vies ; études, mariage, parentalité, promotion professionnelle.

M défie P : « ne résistes-tu jamais ?

- Seulement aux changements contre lesquels j’ai de bonnes raisons de résister. »

La joute verbale conduit M à lancer des défis plus précis.

« Le changement est comme escalader une montagne. Si tu n’es pas résistant au changement, escalade la. »

P décline, non pas par résistance de principe mais parce qu’il n’a aucune raison de l’escalader. Il ne voit pas l’avantage du changement.

« Quel serait un avantage qui te ferait changer demande M ?

- Un meilleur salaire, une meilleure santé ou une relation sentimentale.

- Très bien répond M, un chaudron plein d’or t’attend au sommet. Est-ce suffisant, vas-tu escalader ?

- non.

- Ah ! Tu es un résistant au changement !

- Non, je résiste à celui-ci en particulier, avec de bonnes raisons : trop d’efforts demandé, trop de temps nécessaire pour y parvenir et trop de risques ! C’est parfaitement logique, les aspects négatifs du changement l’emportent sur les avantages.

- Une autre excuse ! Bien, je réduis l’effort et les risques. Vas-tu escalader ?

- Je ne crois pas.

- Une autre excuse ! On en élimine une et une autre apparait ! Le changement est une bonne chose, pourtant tu résistes.

- Ce n’est pas bon pour moi ! Je n’ai aucune envie de changer car je suis très bien dans ma situation actuelle. Martin, tu considères les avantages et inconvénients à une échelle trop restreinte et tu n’as pas évalué les avantages à ne pas changer. J’aime ma profession, la ville dans laquelle je vis, le style d’existence que je mène et… j’aime une sirène qui ne peut m’accompagner sur la montagne.

- tu n’as fait que justifier de manière logique ta résistance au changement, mais c’est toujours la même chose, les gens résistent. Il suffit qu’ils déclarent avoir leur sirène et qu’il leur est impossible de changer.

- je ne me cherche pas des excuses, mais contrairement à toi, je ne suis pas amoureux de ta suggestion de changement ! Je suis plus objectif. »

Martin défie à nouveau P en insinuant qu’il n’évalue que les mauvais côté du changement et qu’il faut également évaluer les risques à ne pas changer. Ainsi, si P refuse de changer et reste comme il est, des alligators vont lui mordre le postérieur, son entreprise fait faillite ou son épouse demande le divorce (l’épouse n’étant pas la sirène mentionnée plus tôt) ou encore sa santé va décliner significativement. Ne te bats-tu pas contre des alligators ?

- constamment !

- j’ai parfois le sentiment que les gens sont tellement occupé à combattre les alligators qu’ils feraient mieux d’escalader la montagne, même sans le chaudron d’or au sommet. Pourtant tout le monde résiste au changement, toi compris.

- pas du tout. Démontre-moi que la récompense (chaudron) est importante, tout comme les risques (alligators), que l’effort n’est pas aussi important qu’il parait et que je ne dois pas abandonner ma sirène et j’escaladerais la montagne.

- c’est ce que je fais, mais cela ne fonctionne pas.

- As-tu déjà cherché à comprendre quel type de récompense les gens que tu veux comprendre s’attendent à trouver ? Pas la récompense à laquelle toi tu penses, mais celle qu’eux aimeraient trouver ? Quels sont leurs alligators, difficultés et sirènes ? Probablement pas. Ainsi, pendant que tu vantes le chaudron d’or, chacune des personnes en face pense à quelque chose d’autre. La communication ne s’établit pas sur le même canal. »

Le reste de la vidéo est une publicité pour le livre isn’t it obvious.


Mise à jour le Mardi, 07 Octobre 2014 12:28