Christian HOHMANN

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Quelle est la nature d’une contrainte ?

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Une contrainte est un facteur limitant qui conditionne et limite la performance d'un processus et plus généralement la progression d'une organisation vers sa finalité.



Sommaire

Les contraintes de type paradigme et politiques se traitent plutôt à l'aide des Thinking Processes.


Paradigme les croyances et hypothèses qui structurent les décisions


"Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde qui repose sur une base définie"

Source : Wikipedia

Dans le cadre de la Théorie des Contraintes, les paradigmes qui se révèlent être des contraintes sont les croyances et hypothèses qui structurent un mode de pensée, définissent des politiques et font édicter des règles. Des hypothèses fausses ou des politiques inappropriées, liées aux valeurs ou à la "compréhension du monde" peuvent limiter le champ d'action d'une organisation, interdire des pratiques, imposer des règles non négociables, etc. ou créer des mythes qui deviennent des facteurs limitant.

Le paradigme produit les politiques qui seront appliquées et les politiques influencent le choix des ressources physiques. Il y a donc un effet de cascade dans la création de contraintes.

Un paradigme forme le cadre de raisonnement. On invite fréquemment les individus à sortir du cadre ou réfléchir au-delà de la "boite" pour appréhender les choses sous un point de vue différent, envisager de nouvelles solutions, etc., d'où l'expression "changer de paradigme.


Politiques ; les directives et décisions

Les politiques sont les lignes directrices, directives et décisions qui structurent le fonctionnement d'une organisation. Elles découlent du paradigme et imposent un certains nombre de règles qui peuvent se révéler contraignantes pour l'organisation.

Exemple

Le paradigme d'une entreprise est imprégné des principes de la production de masse, qui privilégie les optima locaux et notamment la recherche de la productivité maximale pour chaque ressource. Il en découle logiquement des politiques adaptées telles que :

  • Politique d'achats : privilégier le prix d'achat minimal. Les acheteurs sont objectivés et primés sur leur performance achat, mesurée par la différence entre le prix initial et le prix négocié
  • Politique de production : privilégier la productivité des ressources en favorisant les séries longues qui seront lancées par campagnes
  • Politique de gestion de stock : Il est impératif de maintenir tous les stocks au minimum, les gestionnaires seront jugés et récompensés en fonction du niveau des stocks
  • Politique de service client : les clients doivent être livrés avec un taux de service OTIF (On Time In Full ou "complet-conforme") d'au moins 96% en 48 heures maximum

Ces différentes politiques et les objectifs assignés sont contradictoires entre eux et contreviennent à la devise de la ToC.

En effet, les achats vont privilégier la massification pour obtenir de bons prix, tandis que les gestionnaires de stocks vont s'opposer à leur livraison avant le besoin effectif. La production va planifier de manière à privilégier sa productivité, généralement sans se soucier des besoins clients ou des promesses de livraisons. Ceci mettra à mal le niveau des stocks (on aura en excès des marchandises non attendues et des ruptures sur des articles commandés) et les taux de services.

Ce système a toute les chances de verser dans un fonctionnement chaotique et en mode réactif.

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Contraintes physiques (ressources)

Une contrainte est une ressource chère et/ou rare, dont l’acquisition peut être virtuellement impossible du fait de son coût, de sa rareté ou de son délai d’obtention.S’il n’en était ainsi, il suffirait de se procurer un complément de ressource pour augmenter le débit du processus.

Machine

Une ressource peut être une contrainte. Une machine particulière, une installation, un équipement peut avoir une capacité insuffisante par rapport aux besoins ou à la demande. Cette ressource doit déjà être saturée et utilisée à 100%, 24/7 et ne plus disposer d’aucune réserve pour être déclarée contrainte. Dans le cas de ressources matérielles « productives », on emploie le plus souvent le terme évocateur de goulot d’étranglement, réduit à « goulot ».

Matière

Une matière première peut être une contrainte du fait de sa rareté, de son coût, des difficultés d’approvisionnement ou de son délai d’obtention. Cette matière peut être rare et/ou chère par essence ; métaux précieux, terres rares ou l’être artificiellement du fait d’un monopole, d’une pénurie, d’un embargo… La substitution par d’autres matières n’est pas possible ou pas souhaitable.

Des pièces, systèmes ou équipements peuvent être des contraintes pour des raisons similaires.

Les matières et pièces rares et/ou chères sont des contraintes quand leurs quantités disponibles limitent le débit du système.

Main d’œuvre

Un savoir-faire particulier, des compétences ou des habilitations particulières détenues par un petit nombre d’individu peut en faire des contraintes. Ces ressources, tout comme des machines (toute proportions gardées) ont une capacité limitée ; temps de travail, capacités physiques… et tout comme les matières peuvent être longues à obtenir : recrutement, formation, habilitation… être limitées par un numerus clausus (cas de certaines professions réglementées), par une pénurie, etc.

La disponibilité en nombre et en temps utile limité de ces ressources limite également le débit du système.

Le marché

Le marché peut être assimilé à une ressource et se révéler être une contrainte (un goulot) si sa capacité d’absorption est limitée, dans le cas d’une surabondance d’offres par rapport aux besoins à couvrir ; surproduction laitière ou agricole, par exemple. Le marché peut être goulot si les consommateurs n’ont pas les moyens d’acquérir les biens proposés.

Autres contraintes

Il peut exister d’autres contraintes spécifiques, mais elles doivent obéir aux mêmes caractéristiques basiques : limiter le débit d’un système, ne pas disposer de réserve, ne pouvoir être multipliées, etc.

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Réglementations et normes

Les prescriptions normatives, réglementaires ou procédurales peuvent limiter le débit d’un système en imposant…leurs contraintes et limitations. Cela peut être des quotas imposés, des limitations sur un temps d’exploitation, des volumes stockés, etc. Les normes ou réglementations peuvent imposer des habilitations particulières, des autorisations, des protocoles particuliers, dont l’application limite le débit d’un système.

La plupart des contraintes relevant de cette catégorie sont "dures", non négociables. Elles peuvent être contournées, si par exemple le champ d'application est localisé, par exemple telle norme limite une pratique en Europe mais il n'existe pas d'équivalent aux Etats-Unis, par conséquent faut-il délocaliser ?

Ce type de contrainte ne peut généralement pas être "élevé" au sens de la ToC, tout comme certaines lois physiques limitantes ne peuvent pas être transgressées. Ce ne sont pas les réglementations et normes elles-mêmes qui posent problème, mais les interprétations, les malentendus, les erreurs, etc. qui vont alimenter des "mythes" et finalement s'imposer comme règles.

Les individus ont tendance à surinterpréter les textes et directives et à se créer des limitations artificielles que ces textes et directives ne réclament pas.

Le conseil en la matière est de toujours faire la part des choses entre mythe et réalité, de vérifier les différents textes et l'esprit de la loi.


En synthèse

La Théorie des Contraintes (ToC) trouve ses origines en production industrielle, d'où les premiers développements théoriques autour des ressources se révélant être des contraintes. Avec la généralisation à d'autres champs d'application la notion de contrainte a été élargie aux politiques et décisions qui limitent la progression d'une organisation vers son but. Les ressources contraintes et les politiques ou décisions contraignantes ne se gèrent pas de la même manière. La ToC s'est ainsi pourvue d'une méthodologie de résolution de problèmes générique, les Thinking Processes.

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Mise à jour le Lundi, 28 Septembre 2015 15:19  

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